PASSION Chaque nuit de la semaine, il revient ce cauchemar D’imaginer qu’il faille abandonner son plumard Pour se préparer à aller au boulot Afin de gagner sa croûte, son écot Trimer comme un forcené Pour nourrir toute sa nichée. Mais dès le vendredi soir Adieu production, bilan et faux espoirs. Car je suis accordéoniste dans une guinguette Je vibre aux premiers sons de la musette Et mes doigts courent sur l’accordéon Faisant tournoyer une frange de la population. Et je rentre au milieu de la nuit Avec la conscience du devoir accompli Vidé, mais la satisfaction D’avoir légué mes vibrations A ces couples amoureux Fourbus, mais heureux D’avoir passé un moment de bonheur Oubliant tracas, soucis et malheurs. Et le samedi soir, je suis de nouveau Dans mon refuge, au bord de l’eau Pour enjôler les tourtereaux Au son du tango. Et comme dans un rêve La nuit magique s’achève. Je range mon instrument Dans cet espace latent. Le cœur gros, j’abandonne mon paradis Pour retrouver mon ciel gris Avec comme espérance De revivre cette romance. Pendant cinq jours de labeur Ma tête, mon esprit son ailleurs Car l’accordéon est orphelin De son maître, du musicien. Et le miracle s’accompli Ma pénitence enfin s’évanoui Les bords de Marne sont à nouveau bercés Par le duo passionné. Le musicien et son instrument Sont comme deux amants En osmose, a l’unisson Vivant une grande passion. Je suis accordéoniste dans une guinguette Le cœur joyeux, les mains fluettes Mes doigts caressent l’accordéon Narguant son compère le bandonéon.